Campagne 2022

Cette année, trois opérations ont eu lieu dans le cadre de la mission : deux missions d’étude qui se sont déroulées du 15 au 31 mai et du 12 au 24 juin puis une campagne de fouilles du 5 au 28 octobre 2022.

La mission d’étude de mai (Cécile Verdellet & Felix Wolter)
Le travail avait trois objectifs : la poursuite de la chrono-typologie du matériel découvert en 2012 et 2013 sur le chantier A ; les prises de vue en photogrammétrie des bassins à anses inversées mis au jour sur le chantier C dans le cadre d’un projet de la MSH-Mondes et enfin le dessin, et quand cela s’avérait pertinent la photogrammétrie, des miscellanées.

La mission d’étude de juin (Philippe Clancier, Laurent Colonna d’Istria, Julien Monerie & Aline Tenu)
La mission a principalement été consacrée à la collation de l’ensemble des tablettes et fragments portant des signes lisibles. Une couverture photographique complète a été réalisée en vue de la publication et de la préparation des copies des principaux documents et d’un signaire de référence. La tablette M. 239 a pu, par ailleurs, être remontée.

La campagne de fouilles
Quatre chantiers ont été ouverts : le chantier A, en ville haute, et les chantiers B, C et E en ville basse.

Sur ce chantier, qui était fermé depuis 2013, le travail a porté sur la partie nord du bâtiment monumental identifié en 2012. Nous avons pu continuer à en compléter le plan, très certainement ovale, avec une cage d’escalier (US 1130), un corridor et son sol (US 1133 et US 1135), deux nouveaux murs (US 1131 et US 1123) et deux nouvelles portions de mur déjà connus (US 12 et US 66). La campagne, quoique très brève, a aussi permis de confirmer que les méthodes de construction utilisées pour ce bâtiment se distinguent par un recours généralisé aux briques crues, disposées en boutisse et en panneresse, avec quelques assises recouvertes de bitume.

Vue du chantier A depuis le sud-ouest

La fouille s’est concentrée, au sud-ouest du chantier, sur le bâtiment B. 715 dont le dégagement avait commencé en 2019. La pièce L. 742, qui a continué d’être explorée, mesure à présent 5,40 m de large sur 8,30 m de long, mais sa limite sud n’a pas encore été découverte. À l’ouest, séparée de L. 742 par le mur 747 percé du seuil 760, la pièce L. 755 n’a été fouillée que sur une très petite zone d’1,5 sur 2,40 m. Au cœur du comblement volontaire de deux ces espaces a été identifié un sol sur lequel des vases de grande qualité ont été brisés et jetés. Le sol a également livré un nombre inhabituel de cornes et de bois (étude prévue en 2023). Ces dépôts très singuliers réalisés probablement dans un contexte rituel ou cérémoniel dateraient du Bronze moyen.

Deux secteurs ont été ouverts : l’un au nord-ouest du chantier, l’autre au nord. Le premier a permis la fouille de structures appartenant au niveau architectural 1. Un sol (pièce L. 883) a livré un assemblage céramique attribuable à l’âge du Fer. Cette découverte contribuera à la ré-évaluation de la datation de ce niveau, attesté sur les chantiers B et C. Au nord, autour du bâtiment B. 279, deux niveaux ont été mis au jour : l’un de la période principale d’occupation du site (période V, vers 2200-2100 av. J.-C.), l’autre un peu postérieur, daté de la toute fin du IIIe millénaire. Des ré-aménagements et la découverte d’un bâtiment construit devant l’entrée nord-est de B. 279 reflètent sa longue et complexe séquence d’occupation.

Le dégagement du bâtiment monumental B. 659 s’est poursuivi. Au nord-ouest, un nouvel espace (921) a été identifié, alors que dans l’angle sud-est deux autres pièces (L. 922 et L. 930) ont été fouillées. Le sol de cette dernière était couvert de tessons. La campagne a également permis d’achever le dégagement de la pièce 915 et de mettre au jour la totalité de son pavement de carreaux de terre cuite, jointoyés au bitume. Produits en deux formats, certains avaient été recoupés pour s’adapter à la forme de la pièce. Dans l’angle sud-est a été retrouvé un carreau posé de chant. Avant le saccage et la destruction de B. 659, la base des murs de L. 915 était probablement protégée de cette manière sur toute leur longueur.

Étude archéozoologique (Michaël Seigle)
L’étude de la faune, qui a duré une semaine, a concerné neuf US, provenant des quatre chantiers ouverts cette année et une de 2019. Les résultats confirment ceux des années antérieures avec une prédominance des caprinés et du porc sur la consommation et une réelle diversité de la faune sauvage : des restes de cerf élaphe, d’oie cendrée, de gazelle à goître ont ainsi été identifiés.

Chantier B – cheville osseuse de chèvre de grande taille

Étude archéobotanique (Carolyne Douché)
Les résultats préliminaires montrent que les taxons sauvages constituent une part élevée de l’assemblage de Kunara (40-60%). Ils présentent une grande diversité taxonomique qui témoigne vraisemblablement de l’exploitation de milieux variés. Parmi les céréales, des restes de blés vêtus (engrain et amidonnier) et d’orge ont pu être identifiés. Les légumineuses, et notamment des lentilles, semblent avoir joué un rôle tout aussi important dans l’économie végétale, en particulier dans le bâtiment B. 517 (chantier C). Les fruits sont quant à eux représentés par des restes de figue, de raisin et d’amande.

Étude céramique (Cécile Verdellet)
L’objectif de l’étude de cette année était le traitement et l’analyse des lots céramiques au fur et à mesure de l’avancement des fouilles. Sur le chantier C, le travail a porté sur des ensembles datés de l’âge du Fer et de la fin du Bronze ancien. Le corpus du chantier B, attribuable au Bronze moyen, comprend notamment deux grandes jarres et deux vases sur piédestal, tous richement ornés. Le matériel céramique découvert sur les chantiers A et E a permis de compléter et d’affiner nos connaissances sur l’assemblage de la période principale d’occupation de Kunara (vers 2200-2100 av. J.-C.)

3D et drone (Felix Wolter)
Un enregistrement complet de Kunara et de son environnement immédiat a pu être réalisé grâce à un drone. Outre le nouveau relevé topographique du site, l’objectif principal était l’enregistrement 3D de chaque chantier qui complète les relevés pierre-à-pierre effectués chaque année par le topographe de la mission (Julien Soichet en 2022). Deux enregistrements en photogrammétrie faits à l’aide d’une perche documentent de plus deux états importants de la fouille des chantiers B (tessons en place sur le sol de L. 742) et C (niveau architectural 1).

Vue drone du chantier C



Pour la version en kurde, voir / for the Kurdish version (with the financial support of the Gerda Henkel Foundation), see :

Pour la version en arabe, voir / for the Arabic version (with the financial support of the Gerda Henkel Foundation), see :

Page rédigée par Aline Tenu, mise en ligne le 06 décembre 2022

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