Soutien de la Fondation Simone et Cino Del Duca attribué au programme scientifique « Affordance et Denisoviens : un autre monde technique en Asie » du Laboratoire ArScAn

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le projet “Affordance et Denivosiens” porté par l’équipe Archéologie de l’Asie centrale est désormais soutenu par la Fondation Simone et Cino Del Duca de l’Institut de France, pour l’année 2026.

“Le projet « Affordance et Denisoviens : un autre monde technique en Asie » vise à démontrer la cohérence d’un système technique autonome reposant sur l’affordance et à en réévaluer le rôle dans l’histoire globale de l’humanité. Il s’appuie sur l’étude directe des industries lithiques associées aux Denisoviens, apportant un éclairage inédit sur les trajectoires humaines anciennes.
La subvention accordée permettra de financer les missions scientifiques, l’organisation d’ateliers franco-chinois et la valorisation internationale des résultats (publications en open access, communications dans des colloques). Soutenu par les universités partenaires chinoises, ce programme constitue une contribution majeure au renouveau des recherches sur les premières humanités en Asie.”


Chercheurs engagés
  • Pr. Eric Boëda, Institut archéologique de la civilisation du Yangtze, Université de Wuha, co-responsable des recherches et des analyses
  • Pr. Li Yinghua, School of History, Institut Archéologique de la Civilisation du Yangtze, Université de Wuhan, Luojiashan, Wuchang, Wuhan, Province du Hubei, Chine 430072
  • Pr. Zhang Dongju, College of Earth and Environmental Sciences, Université de Lanzhou, 222, Tianshuinan Road, Lanzhou, Province du Gansu, 730000

Présentation du projet scientifique

Ce projet propose une relecture de la préhistoire asiatique en rompant avec les modèles diffusionnistes élaborés en Europe et en Afrique, qui ont longtemps cherché en Asie des équivalents péri méditerranéens ou africains. Ces cadres interprétatifs ont conduit à décrire les industries est-asiatiques en termes de manque, de retard ou de simplification, en les évaluant à l’aune de trajectoires techniques étrangères à leur logique propre. Loin d’apparaître comme une périphérie pauvre ou inaboutie, l’Asie de l’Est révèle au contraire la cohérence d’un système technique autonome, resté longtemps invisible parce que incompatible avec les catégories mobilisées pour le décrire.

Les recherches menées depuis plus de vingt ans mettent en évidence une autre manière de concevoir la relation à la matière. L’outil n’y est pas pensé comme une forme à produire selon un modèle préconçu, mais comme l’actualisation d’un potentiel fonctionnel déjà présent dans le support. La matière n’est pas façonnée pour atteindre une norme morphologique ; elle est reconnue, sélectionnée et engagée pour les possibilités qu’elle offre immédiatement à l’action. Nous proposons de désigner cette logique technique par le terme d’affordance, entendu ici comme un principe opératoire, et non comme un marqueur culturel, symbolique ou biologique.

Dans cette acception, l’affordance ne renvoie ni à une adaptation ponctuelle à un environnement donné, ni à une solution contingente dictée par des contraintes écologiques locales. Elle repose au contraire sur une suffisance interne, fondée sur la relation directe entre les propriétés physiques du support et les capacités perceptivo-motrices de l’agent. Par sa nature profondément écologique, l’affordance constitue une potentialité fonctionnelle stable, immédiatement disponible, qui n’a pas besoin d’être constamment réinventée ni transformée pour rester opérante. Cette stabilité explique sa remarquable continuité dans le temps : une affordance peut traverser des contextes chronologiques et environnementaux très contrastés sans disparaître, tant que la relation fondamentale entre matière, geste et fonction demeure intacte.

La découverte de restes dénisoviens dans la grotte de Baishya, sur la bordure orientale du plateau tibétain, inscrit l’adoption de cette logique dans la très longue durée, sans pour autant la réduire à une signature biologique ou à une tradition figée. L’affordance n’est pas l’expression d’une identité humaine spécifique ; elle est un mode de relation au monde matériel, susceptible d’être partagé, transmis et réactualisé indépendamment des lignées ou des ruptures environnementales majeures.

Dans cette perspective, l’affordance agit comme un révélateur de lieu. Elle permet de penser l’Asie de l’Est non pas comme une variante appauvrie des trajectoires péri méditerranéennes, mais comme un espace technique et cognitif construit à l’écart de ces évolutions normatives. Il ne s’agit pas d’y chercher un autre soi, une image décalée mais comparable des modèles occidentaux ou africains, mais bien de reconnaître un autre que soi : une manière différente, cohérente et durable, d’habiter la matière et de produire du technique. L’Asie de l’Est apparaît ainsi comme un isolat géographique devenu un espace de trajectoires humaines originales, invitant à repenser la pluralité des histoires techniques sans les hiérarchiser.


Extrait du dossier de presse de la Fondation

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