Colloque Communiquer avec les dieux en Chine
Corinne Debaine-Francfort (archéologue au CNRS, ArScAn), Adeline Herrou (ethnologue au CNRS, Lesc) et Claire Vidal (ethnologue à l’Université Lyon 2, IAO) organisent le colloque pluridisciplinaire Communiquer avec les dieux en Chine. Sur deux jours, il aura lieu les lundi 26 et mardi 27 janvier 2026 à la Villa Guimet, Hôtel d’Heidelbach, salon Pelliot, 19 avenue d’Iéna, 75016 Paris.
Le panthéon chinois se caractérise par une grande diversité d’entités liées à des pratiques distinctes en fonction des époques, des lieux et des circonstances et le plus souvent considérées d’un point de vue monodisciplinaire. Ce colloque propose d’interroger les façons « d’entrer en résonnance avec les dieux » à partir des objets rituels servant de support à cette communication et de leurs usages contemporains au regard des pratiques religieuses passées. Articulant différentes approches – historique, archéologique, ethnologique et muséologique – il voudrait contribuer à la réflexion sur ce qui définit et caractérise les objets rituels, sur les significations qu’on leur prête, leur variété formelle, leur confection (sélection de matériaux privilégiés ou signifiants, façonnage) et leur « activation », sur leurs utilisateurs (spécialistes ou gens du commun) et leurs utilisations en fonction des contextes (monde des vivants ou des morts) et des occasions (funérailles, rituels divers), ainsi que sur leur devenir (objets éphémères ou pérennes, destinés à être brûlés, déposés, cachés ou exposés). Ce travail sur la matérialité de l’objet recourt, de façon expérimentale, au dessin et au film, pour détailler les gestes qui leur confèrent une efficacité rituelle, chaque étude de cas permettant d’éclairer différents modes de communication et de présentification des dieux (divination, sacrifices et offrandes, requêtes, ou encore réception de messages divins par l’écriture inspirée et autres « réponses aux supplications ») et d’analyser leurs enjeux à travers l’histoire.
Ce projet a été initié dans le cadre d’un projet de préfiguration GANYING du Labex PasP (avril 2020-juin 2021), avec les partenariats du Musée du quai Branly – Jacques Chirac, du Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative (LESC) – UMR 7186 et de la Maison des Sciences de l’Homme Mondes – USR 3225, et les partenariats associés de l’Institut d’Asie orientale, IAO (CNRS UMR 5062), le Musée des Arts Asiatiques de Nice, MAAN, l’École Française d’Extrême-Orient, EFEO et le Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale, CRCAO (CNRS UMR 8155).
Inscription obligatoire : https://framaforms.org/inscription-au-colloque-communiquer-avec-les-dieux-en-chine-26-et-27-janvier-2026-villa-guimet-paris
Programme du colloque “Communiquer avec les dieux en Chine”
Lundi 26 Janvier 2026
9h15-9h30
Accueil des participants et des auditeurs
9h30-9h55
Mots d’introduction : Lise Mesz (directrice de la Villa Guimet) représentée par Arnaud Bertrand (musée Guimet), puis Corinne Debaine-Francfort, Adeline Herrou et Claire Vidal (coordinatrices du programme GANYING, du Labex Les Passés dans le Présent)
Session 1 : Provisions pour l’au-delà
9h55-10h35
« Communiquer avec l’invisible dans la tombe. Mises en scène pour l’au-delà », Corinne Debaine-Francfort (CNRS / ArScAn)
La subtilité des liens qu’entretient un groupe humain avec le sacré ou l’invisible (dieux, ancêtres et autres entités supranaturelles) est souvent difficile à saisir pour l’observateur de sociétés actuelles. Elle l’est plus encore pour l’archéologue, surtout s’il s’intéresse à des sociétés anciennes sans récit ni monument ou édifice en lien avec une forme de religion clairement identifiable. Comment tenter, dans un tel contexte, d’appréhender les croyances d’une population, de caractériser son rapport à ce qui dépasse l’humain ? Comment reconnaître un objet rituel ou un talisman, le distinguer d’un objet ou d’un dépôt ordinaire, en proposer une interprétation ? Les seules traces disponibles sont bien souvent des tombeaux, portes ouvertes sur l’au-delà. Des ensembles funéraires de l’âge du Bronze, vieux de plus de 3500 ans, au Xinjiang en Chine du Nord-Ouest constituent des témoignages de nature à éclairer la complexité de cette question et les mécanismes à mettre en œuvre pour tenter d’y répondre, au moins partiellement.
10h35-11h15
« Les mingqi (“objets spirituels”) en musée : discours sur l’authenticité », Arnaud Bertrand (conservateur responsable des collections de la Chine ancienne et de la Corée, musée Guimet, chercheur associé ArScAn)
Les mingqi 明器, littéralement « objets spirituels » ou « objets de lumière », étaient à l’origine considérés comme des substituts aux sacrifices humains durant la période des Royaumes combattants. Les pièces les plus emblématiques, datant des dynasties Han à Tang, représentent fonctionnaires, greniers ou palefreniers étrangers. Elles ont rapidement captivé marchands et collectionneurs occidentaux au début du XXᵉ siècle, dans un contexte de redécouverte de la Chine ancienne. Exposés en musée, ces objets ont alors été décontextualisés et valorisés principalement pour leurs qualités esthétiques plutôt que pour leur fonction rituelle. Dans le cadre de la refonte du parcours consacré à la Chine ancienne, il importe aujourd’hui de restituer leur sens originel, les textes anciens soulevant la question de l’authenticité des pratiques funéraires.
| Pause-café (11h15-11h30)
11h30-12h10
« Monnaies d’offrande et substituts en papier d’objets précieux : l’argent rituel chinois au prisme de l’ethnographie », Hélène Bloch (CNRS / Césor)
Les monnaies d’offrandes sont des substituts monétaires en papier, carton ou plastique en usage en Chine depuis le VIIe siècle. Aujourd’hui, on les retrouve dans tous les domaines de la vie religieuse : culte aux dieux et aux ancêtres, fêtes calendaires, funérailles, protection du foyer et des affaires économiques. Les monnaies y subissent des transformations visant à les convoyer dans le monde invisible. Cette présentation interrogera ces objets d’abord dans la diversité de leurs formes et de leurs usages actuels, puis dans leur relation à d’autres objets rituels que sont les substituts en papier d’objets précieux (zhizha), et enfin dans une perspective comparative. Il s’agira de faire émerger une typologie des monnaies d’offrande et de nouvelles pistes d’analyses sur l’argent rituel chinois.
12h10-12h45
Discussion : Florence Galmiche (Univ. Paris Cité / UMR CCJ-IUF) et Christophe Decoudun (ICP / CREOPS)
| Déjeuner (12h45-14h30), Atrium, salon Pelliot
Session 2 : Les instruments divinatoires et leurs spécialistes
14h30-15h10
« L’os et la carapace : instruments de communication avec les dieux et avec les hommes dans la Chine archaïque », Olivier Venture (EPHE-PSL / CRCAO)
L’usage d’os d’animaux comme instruments de divination est attesté dans de nombreuses régions du monde. Une des spécificités de la tradition chinoise est d’avoir développé au cours des siècles un ensemble de techniques de plus en plus élaborées autour de cette pratique ancestrale. Ces développements ont parfois été présentés comme des progrès techniques visant à obtenir des instruments plus efficaces, les pratiques des devins de la fin de la dynastie des Shang, entre le XIIIe et le XIe siècles avant notre ère, marquant pour beaucoup leur apogée. Mais une étude de cette tradition mantique sur la longue durée, incluant l’ensemble de ses manifestations, amène à percevoir d’autres enjeux plus politiques ou sociétaux qui seront au cœur de cette communication.
15h10-15h50
« Décider de sa vie sur un tirage de tiges oraculaires en bambou (chouqian) ou sur un jet de blocs divinatoires (wengua) : les consultations dans les temples taoïstes en Chine aujourd’hui », Adeline Herrou (CNRS / Lesc)
Le tirage des tiges oraculaires en bambou est le propre de la divination dans les temples en Chine. Il permet l’obtention d’une fiche divinatoire qui contient notamment un poème, en réponse à une question posée. Très populaire, cette pratique peut se révéler anxiogène car on y trouve une indication de prime abord claire de la valeur (bonne, moyenne ou mauvaise) de la réponse mantique obtenue. L’enquête ethnographique menée depuis dix ans sur ce rituel (dit chouqian) et le sens qu’il prend aujourd’hui en Chine centrale et, dans une perspective comparatiste, à Taiwan et au Japon (où il est appelé omikuji), a permis de montrer qu’il peut prendre une forme très simple -le requérant repart avec la fiche qu’il a tirée-, ou beaucoup plus complexe -il sollicite un spécialiste qui vérifie puis interprète la fiche, recourant parfois à un autre rituel qu’il combine au premier pour apporter une réponse personnalisée à la question posée, la valeur ajoutée de la consultation étant de proposer des solutions si nécessaires (rite de purification, de protection, de conjuration de l’infortune).
| Pause-café (15h50-16h05)
16h05-16h45
« Les instruments divinatoires dans les comptes rendus de divination du royaume de Chu au IVe siècle avant notre ère », Zhong Liang (CRCAO)
Depuis 1965, dans la région méridionale de la Chine actuelle — ancien territoire du royaume de Chu durant l’époque des Royaumes combattants — une dizaine de tombes ont livré des comptes rendus de divination effectués pour les défunts qui y étaient inhumés. Qu’il s’agisse d’améliorer sa carrière politique ou de remédier à un déclin de santé, chaque opération mantique mobilise un devin qui utilise un instrument divinatoire pour le consultant ou la consultante. Cette documentation soulève plusieurs questions : comment les devins du royaume de Chu mobilisaient-ils leurs instruments mantiques dans le cadre de leurs pratiques ? Dans quelle mesure ces outils reflètent-ils l’existence d’une formation spécialisée ou d’une division des savoirs divinatoires ? Selon quelles modalités les oracles étaient-ils interprétés et transmis ?
16h45-17h30
Discussion : Matthias Hayek (EPHE-PSL / CRCAO), Franciscus Verellen (EFEO / Institut de France) et Marc Kalinowski (EPHE-PSL / CRCAO)
17h30-18h
Discussion générale : Mise en dialogue des sessions 1 et 2
Mardi 27 janvier 2026
9h15-9h30
Accueil des participants et des auditeurs
Session 3 : Offrandes et protections
9h30-10h10
« Ecriture talismanique : la langue pour les dieux, la langue des dieux » Alain Arrault (EFEO / UMR CCJ)
Comment communiquer avec les dieux, et tous les êtres invisibles, qui nous entourent ? Notre langue ne suffit pas : il faut inventer une langue qui leur soit spécialement dédiée. Désignée génériquement comme écriture talismanique, le mot qui la caractérise, venu d’ailleurs, s’impose dans la langue française très tardivement, alors que la chose, implorer ou contraindre les divinités, existait déjà dans le monde antique européen. Une autre histoire, qui conduit pourtant à la même conception d’une nouvelle langue, a vu le jour en Chine aux alentours de notre ère. Initialement conçu comme un signe de reconnaissance, le fu 符 devient progressivement un talisman. Ses formes et son contexte opératoire se diversifient, des religions institutionnelles aux spécialistes religieux de tous bords, il est le moyen de communication le plus efficace pour s’adresser aux dieux. Face à l’histoire, ses usages contemporains dans la statuaire domestique du Hunan nous offrent la possibilité de l’appréhender dans ses multiples formes et fonctions, et de découvrir un acteur souvent négligé du domaine religieux : le sculpteur.
10h10-10h50
« Témoigner des intercessions divines en Chine contemporaine : les récits des réponses aux supplications du bodhisattva Guanyin », Claire Vidal (Univ. Lumière Lyon 2 / IAO)
Dans le bouddhisme chinois, il est de notoriété que le bodhisattva Guanyin sauve les dévots qui lui adressent des prières sincères lorsqu’ils sont confrontés aux malheurs du monde (calamités, maladies, violences). Il existe de longue date une abondante littérature traitant de la façon dont les suppliques humaines et les réponses divines « entrent en résonance ». Parmi ces textes, on trouve des recueils compilant des témoignages de personnes qui relatent, souvent dans un format court, contextualisé et détaillé, leurs expériences d’une intercession divine. Cette communication s’appuie sur l’étude d’un de ces recueils qui est régulièrement réédité en Chine depuis la fin des années 1980. Les dévots y ont raconté les réponses reçues de Guanyin et la manière dont leurs vies en ont été positivement transformées. Au fil des pages et des histoires de conjuration du malheur, ce livre de témoignages fait apparaître les traits caractéristiques d’une action divine ancrée dans l’ordinaire et l’intime des existences humaines. Une approche anthropologique des textes me permettra d’en dégager les aspects fondamentaux.
| Pause-café (10h50-11h05)
11h05-11h45
« Les Rois des enfers, un particularisme chinois ? », Valérie Zaleski (conservatrice des collections de peinture chinoise et d’art bouddhique de Chine et d’Asie centrale, musée Guimet)
Il s’agira ici de présenter et de confronter, à travers quelques œuvres conservées au musée Guimet issues de contextes sociologiques ou religieux divers, un sujet largement partagé, celui de la crainte de tomber dans une destinée infernale. En Chine, cette crainte se matérialise par l’importance particulière du jugement des défunts et à travers les sources textuelles et leurs visualisations, à celle des figures présidant aux mondes infernaux auprès desquelles une intercession est possible.
11h45-12h15
Discussion: Jean-Michel Butel (INALCO / IFRAE) et François Thierry (Bibliothèque Nationale de France)
| Déjeuner (12h15-13h00) Atrium, salon Pelliot
13h00-14h30
Visite privée du musée Guimet (sur inscription, dans la limite des places disponibles)
*de la Bibliothèque Guimet avec Cristina Cramerotti (responsable du pôle bibliothèque, conservatrice de la bibliothèque, musée Guimet)
*de la galerie « Chine ancienne » du musée Guimet avec Arnaud Bertrand (conservateur responsable des collections de la Chine ancienne et de la Corée, musée Guimet)
Session 4 : Médiation par l’image
14h30-15h10
« Illustrer la recherche : retour d’expérience », Claire Martha (illustratrice)
15h10-16h30
« Diffusion de trois films », Vanessa Tubiana-Brun (réalisatrice, CNRS / MSH Mondes), Alain Arrault (EFEO, UMR CCJ) et Adeline Herrou (CNRS, Lesc)
Consécration d’une statue. “Ouverture de la lumière” 開光 (une enquête de terrain d’Alain Arrault)
Le rituel de tirage des tiges oraculaires en bambou (une enquête de terrain d’Adeline Herrou)
Les monnaies d’offrande (une enquête de terrain d’Adeline Herrou)
| Pause-café (16h30-16h45)
16h45-17h15
Discussion : Stéphanie Homola (CNRS / Ifrae) et Solène Voegel (designer)
17h15-17h45
Discussion générale : Mise en dialogue des sessions 3 et 4, conclusion du colloque
18h-19h30 Cocktail convivial
Dans le Salon de la Maison de l’Asie, École Française d’Extrême Orient
22 avenue du Président Wilson, 75016 Paris
Inscription : https://framaforms.org/inscription-au-colloque-communiquer-avec-les-dieux-en-chine-26-et-27-janvier-2026-villa-guimet-paris

