Lire des lettres vieilles de 4000 ans enfermées dans leur enveloppe d’argile grâce à la tomographie

Ennum-Aššur était un marchand assyrien actif en Anatolie au XIXe siècle avant J.-C. En son absence, il chargea sa femme, Anna-anna, installée à Kanesh (près de Kayseri) de récupérer auprès d’un collègue l’argent que ce dernier lui devait. Elle rapporta dans une lettre à son mari son échec : le débiteur refusa de lui remettre l’argent et déclara qu’il ne le donnerait qu’à son mari en personne après son retour. La lettre d’Anna-anna a été découverte lors de fouilles à Kültepe (Kanesh) et est conservée depuis de nombreuses années au Musée des civilisations anatoliennes d’Ankara, en Turquie. Pourtant, depuis le jour où elle a été rédigée il y a environ 4 000 ans, personne ne l’avait lue – pas même Ennum-Aššur, son destinataire. À ce jour, la lettre se trouve toujours à l’intérieur d’une enveloppe d’argile qui, hormis les noms de l’expéditrice et du destinataire, ne contient aucune information sur son contenu. La lettre d’Anna-anna n’est probablement jamais parvenue à son mari.

ENCI et l’équipe à Ankara, de gauche à droite : Samaneh Ehteram, Christian Schroer, Andreas Schropp, Katrin Zerbe, Andreas Beckert et Cécile Michel © Excellence Cluster UWA, Hambourg.

Si nous en connaissons aujourd’hui le contenu, c’est grâce à ENCI, acronyme de « Extracting non-destructively cuneiform inscriptions ». ENCI est le premier scanner tomographique haute définition transportable destiné aux objets du patrimoine culturel. Un article récent en libre accès publié dans la prestigieuse revue npj Heritage Science présente pour la première fois scientifiquement cet appareil ainsi que les résultats obtenus lors de ses deux premières interventions, au Musée du Louvre et à Ankara.

Cet instrument a été développé par une équipe interdisciplinaire dirigée par Cécile Michel (assyriologie, DR CNRS à ArScAn), Christian Schroer (physique des rayons X, DESY) et Stephan Olbrich (informatique, Université de Hambourg) dans le cadre de l’Excellence Cluster Understanding Written Artefacts. Les assyriologues apportent les connaissances historiques et philologiques nécessaires pour identifier les objets et interpréter les textes dans leur contexte administratif, social et culturel. Les physiciens des rayons X conçoivent le principe d’imagerie qui permet d’observer l’intérieur de l’argile dense de manière non destructive, et ils veillent à ce que les données soient enregistrées dans le respect des normes de sécurité requises. Les informaticiens transforment ensuite les données tomographiques brutes en reconstructions exploitables : ils développent les algorithmes d’étalonnage, de traitement d’image, d’extraction de surface et de visualisation virtuelle des tablettes et des enveloppes.

Cette découverte scientifique majeure a été relayée par la journaliste Katherine Kornei dans le New York Times le 23 juin 2026 : X-ray Specs for the World’s Oldest Sealed Letter

Pour en savoir plus : https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/des-lettres-mesopotamiennes-scellees-depuis-4-000-ans-devoilent-leur-mystere

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