Les temps proto-historiques de Susiane (Iran) : apports de l’étude de la céramique de Suse I

Responsable François Bridey

Le site de Suse, en Iran de l’Ouest, a fait l’objet d’importances fouilles menées par des équipes françaises entre 1897 et 1979. En vertu des conventions franco-persanes de 1895 et 1900, l’ensemble du matériel découvert à Suse est venu enrichir les collections publiques françaises, ce qui fait de la collection d’antiquités iraniennes du musée du Louvre la plus importante au monde après celle de Téhéran.

Les fouilles de 1906 – 1908 explorèrent en particulier les premiers niveaux d’occupation du site (phase dite de Suse I), datables entre 4200 et 3800, et mirent au jour la nécropole contemporaine de la fondation de la ville. Entre 1000 et 2000 tombes constituaient cette nécropole qui a livré, entre autre, un riche matériel céramique peint.  Cette céramique peinte dite de Suse I, de grande qualité, s’inscrit dans une tradition artisanale plus large, caractéristique de l’Iran protohistorique de la fin du 5e et du début du 4e millénaire. Suse se trouve en effet, à l’époque de sa fondation, intégrée dans une vaste koinè culturelle rassemblant des sites aussi éloignés, entre autres, que Tall-i Bakun dans le Fars, Tépé Giyan et Ismaïlabad à l’est du Luristan, Tépé Sialk en bordure du désert central de Kavir, Tépé Hissar, loin au nord-est, et Suse, dans la plaine du Khuzistan (Susiane), aux frontières du monde mésopotamien.


Le hasard des fouilles et l’histoire de l’archéologie française en Iran offrent ainsi aujourd’hui la possibilité unique d’étudier, à l’échelle d’un site tout entier, un ensemble cohérent et complet, illustrant un artisanat spécialisé bien circonscrit dans le temps. La collection est estimée à environ 1500 pièces, conservées au musée du Louvre à l’exception d’une petite centaine conservée au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Au Louvre, 1000 vases environ sont remontés, auquel il faut encore ajouter près de 400 vases non remontés. Aussi, et malgré la publication de la fouille de la nécropole dans les Mémoires de la Délégation en Perse (vol. XIII, 1912), la collection de céramique de Suse I reste en majeure partie inédite et aucune étude exhaustive n’a depuis lors été menée sur ce matériel.

L’objectif de ce programme est donc de réaliser en premier lieu un inventaire exhaustif et systématique de la collection pour l’établissement d’un catalogue raisonné de ce matériel incluant également l’ensemble des dépôts faits par le Louvre, les pièces conservées à Saint-Germain-en-Laye et celles restées en Iran. Au Louvre, les vases non remontés font l’objet de remontages et de restaurations spécifiques, qui est aussi l’occasion de s’intéresser aux aspects techniques et technologiques mis en œuvres pour la réalisation de ces pièces. Au-delà, l’étude typologique, statistique et iconographique de ce matériel, confronté à celui de sites contemporains du Khuzistan et du plateau iranien, permettra de le replacer dans un contexte régional plus large : ainsi la chronologie de la Susiane protohistorique pourra-t-elle être précisée, tout comme la place exacte de Suse dans cette chronologie, dans les interactions entre les sites régionaux et dans le développement de cette « civilisation » proto-urbaine.

Bibliographie sélective
  • Bridey F. (2017), « Les temps proto-historiques de Susiane. Nouvelles études sur la céramique de Suse I », Grande Galerie, Hors-série n°1, mai 2017, p. 10-21.
  • Bridey F. (2011), L’iconographie du décor peint de la céramique de Suse I, Ecole du Louvre, RMN, Paris, 2011.
  • Hole F. (1984), « Analysis of structure and design in prehistoric ceramics », World Archaeology, XV, 3, 1984, p. 326-347.
  • Mecquenem R. de (1912), « Catalogue de la céramique peinte susienne conservée au musée du Louvre », Mémoire de la Délégation en Perse, XIII, Paris, Ernest Leroux, 1912, p. 105-158.
  • Morgan J. de (1912), « Observations sur les couches profondes de l’Acropole de Suse », Mémoires de la Délégation en Perse, XIII, Ernest Leroux, Paris, 1912, p. 1-25.
Partenaires
  • Musée du Louvre, département des Antiquités orientales
  • Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, département d’archéologie comparée
  • Musée national d’Iran, Téhéran
  • Musées dépositaires (Europe, Asie et Amérique du Nord)
  • Université Paris I – Panthéon-Sorbonne / CNRS, UMR 7041 Archéologies et Sciences de l’Antiquité (ArScAn)
  • Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF)

Publications similaires

  • Publication : collection Ensemble, n°1 de la série « Humanités »

    Le rôle de l’artisanat dans la genèse et la structuration des agglomérations de la Gaule antique Gaspard Pagès, Raphaël Clotuche (dir.), Le rôle de l’artisanat dans la genèse et la structuration des agglomérations de la Gaule antique, Nanterre, Presses Universitaires de Paris Nanterre, collection Ensemble, série Humanités, 2024. Loin des préjugés faisant des villes des…

  • Le tissage

    Les recherches de Catherine Breniquet ont porté sur le tissage en Mésopotamie à haute époque jusqu’en 2008. Un volume Essai sur le tissage en Mésopotamie, des premières communautés sédentaires au milieu du IIIe millénaire avant J.-C. a été réalisé dans le cadre des travaux de l’UMR 7041 (équipe « Du village à l’Etat »). L’approche proposée consiste…

  • Aspects historiques, institutions, économie

    Histoire et institutions de MacédoineDifférents aspects de la Macédoine, historiques, institutionnels, culturels, religieux, sont étudiés à travers l’archéologie, l’épigraphie et la numismatique. Ces recherches portent sur les périodes archaïque, classique, hellénistique et impériale. Miltiade Hatzopoulos a participé au catalogue de l’exposition « Heracles to Alexander the Great » organisée par le musée Ashmolean et l’université d’Oxford et…

  • France Culture, l’entretien archéologique. Courriers assyriens : l’archéologie au pied de la lettre

    Avec Cécile Michel, assyriologue, directrice de recherche CNRS au Laboratoire Archéologies et Sciences de l’Antiquité.Une émission d’Antoine Beauchamp et Vincent Charpentier. Les premières traces d’écritures datent d’il y a 5.000 ans et nous sont parvenues sur des tablettes en argile. Le site de Kültepe en compte plus de 22.000. Cécile Michel s’attèle à en déchiffrer…

  • Sanctuaires d’Alesia

    Responsable : O. De Cazanove Sanctuaires d’Alesia (coord. : O. de Bigault de Cazanove) Après un premier triennal 2009-2011 précédé d’une année test (2008), puis une année de transition (2012), on propose, dans un nouveau triennal 2013-2015, de concentrer les opérations de terrain sur le sanctuaire d’Apollon Moritasgus à la périphérie Est d’Alésia, tout en…